La lutte contre le cancer du poumon avance grâce au Télévie.

Aujourd’hui, les chercheurs travaillent main dans la main avec les cliniciens. Leur objectif: mettre en place, le plus rapidement possible, de nouveaux traitements anti-cancer. Tour d’horizon (non exhaustif) des projets prometteurs qui pourraient, dans les années à venir, changer le quotidien des patients.

 


La lutte contre le cancer du poumon avance grâce au Télévie.

Une percée scientifique de l’UCL permet de freiner l’avancée du cancer


Cancer: des chercheurs de l’UCL découvrent une enzyme clé

La lutte contre le cancer est en passe de franchir une étape importante. Une technique nouvelle permet de soigner tous les types de tumeurs. Cela s’appelle l’immunothérapie, elle est au centre du congrès annuel de cancérologie qui s’est ouvert à Chicago. Ses résultats sont prometteurs.

Une avancée significative dans la lutte contre le cancer du foie

  • La génomique, dada de la recherche biomédicale

Un programme international et révolutionnaire en matière de recherche biomédicale est actuellement en cours. L’ambition de l’International Cancer Genome Consortium (ICGC ) est immense : séquencer 25 000 génomes de cancers et créer une base de données accessible aux chercheurs du monde entier. Le but : accélérer considérablement la recherche grâce à une meilleure compréhension des mécanismes moléculaires impliqués dans la maladie.

Plus concrètement, trois programmes de séquençage complet concernant le cancer du sein HER2, le cancer du foie et le cancer de la prostate ont été lancés. Un programme sur le sarcome d’Ewing sera quand à lui lancé au cours de l’année. «L’ICGC a déjà engagé 35 projets de génomique du cancer pour 21 types tumoraux répartis dans 11 pays», explique le dernier rapport sur les Grands Enjeux de La recherche en Cancérologie de l’Institut National contre le cancer. Une étape clé qui permettra de «concevoir et définir de nouvelles stratégies de prévention, de diagnostic et de traitement».

«D’ici quelques années, on prendra un prélèvement de la tumeur du patient, on séquencera le génome, on analysera les résultats, et le patient se verra proposer la thérapie personnalisée qui lui conviendra le mieux», s’enthousiasme Fabien Calvo, directeur de l’Institut Cancer de l’Inserm.

  • Les thérapies ciblées et personnalisées sur le devant de la scène

La recherche biologique a permis de mettre en évidence des altérations génétiques présentes dans des cellules cancéreuses. Grâce à la multiplication de tests, certaines altérations peuvent aujourd’hui être détectées et directement ciblées par les molécules, les cellules saines étant moins exposées.

Si en 2011, en France, dix-sept thérapies de ce type pouvaient être prescrites pour différents types de cancers, plus de 500 molécules sont en cours en développement dans les laboratoires aux quatre coins du monde, selon les données de l’Institut National du Cancer.

«J’ai beaucoup d’espoir concernant notamment deux nouvelles molécules utilisées dans le traitement du cancer du sein et qui devraient être approuvées dans les mois qui viennent aux Etats-Unis», explique le Dr. Andrew Seidman, membre du comité de communication de l’American Society of Clinical Oncology. «La première se nomme Pertuzumab, un anticorps monoclonal anti-HER2. Combiné à un traitement standard (ndlr: l’anti-cancer Herceptin et une chimiothérapie avec le Docetaxel), il devrait permettre de réduire largement le risque que la maladie s’aggrave ou provoque la mort chez des patientes».

«La seconde est l’Everolimus (ndlr: un inhibiteur d’une voie de signalisation de la cellule cancéreuse, appelée voie mTOR, qui bloque une cascade d’événements moléculaires impliqués dans la régulation de la division cellulaire et dans la formation de nouveaux vaisseaux sanguins irriguant la tumeur – Source: igr). Cette molécule est déjà employée dans la lutte contre le cancer du rein, mais pourrait désormais s’utiliser dans le traitement du cancer du sein chez des femmes ménopausées d’ici un an ou deux. Elle prolonge considérablement la durée de vie des patientes», explique le Dr. Andrew Seidman.

A long terme, les chercheurs et médecins estiment pouvoir proposer des traitements «sur mesure» adaptés aux caractéristiques de la tumeur de chaque patient. Selon l’Institut National contre le Cancer, on estime que 20 à 30 % des tumeurs solides ont une anomalie sur laquelle une thérapie ciblée sera possible.

  • Les succès de l’immunothérapie

Les recherches en immunothérapie (thérapie qui vise à «mobiliser» les défenses immunitaires du patient atteint de cancer contre sa propre maladie) ont explosé ces dernières années. Deux thérapies notamment, validées par la Food And Drugs Administration (FDA) aux Etats-Unis, pourraient être accessibles dans un futur proche aux patients Français. «L’antigène anti-CTLA-4, ou Yervoy de son nom de scène, est très prometteur dans le traitement des mélanomes métastatiques», explique Dr Nathalie Chaput, chercheuse au centre d’investigation clinique en biothérapie à l’IGR. «Injecté à trois reprises à trois semaines d’intervalle, il permet de mobiliser les défenses naturelles contre les cellules malades tumorales. D’autres essais thérapeutiques sont en cours pour traiter le cancer de la prostate et du poumon».

Un autre type d’immunothérapie va changer la donne dans les années à venir: il s’agit d’une thérapie cellulaire appelée vaccin de Provenge, elle aussi validée par la FDA et qui pourrait bientôt arriver en Europe. Cette thérapie a fait ses preuves dans les cas de cancer de la prostate hormonaux résistants métastatiques.

Une limite : le rapport bénéfice/coût. «Dans les deux cas, ces traitements sont très coûteux – respectivement 60 000 et 90 000 dollars (45 000 et 68 000 euros) à l’heure actuelle, et leur prix pose un problème en terme d’accessibilité en Europe… mais il seront validés prochainement».

  • De nouveaux espoirs en radiothérapie

La radiothérapie sera elle aussi amenée à évoluer dans un futur proche. Selon Christian Carrie, chef de service du département de radiothérapie au centre Léon Bérard, trois axes de recherche sont à retenir: «Premièrement, la radiothérapie stéréotaxique (ou radio-chirurgie), extrêmement précise, limite les dommages sur les cellules non-cancéreuses et permet de délivrer des doses très élevées en un nombre limité de séances». Les progrès des techniques de guidage par imagerie médicale et de robotique assistée par ordinateur, avaient déjà donné naissance au Cyberknife. D’autres projets sont en cours.

Deuxième piste, la voie biologique, afin de rendre radiosensibles des cellules qui se montrent résistantes aux radiations en leur enjoignant des produits radiosensibilisants. Certains sont utilisés à l’heure actuelle, mais d’autres verront le jour d’ici peu et déjà les thérapeutiques ciblées sont testées en association avec la radiothérapie dans certaines tumeurs pulmonaires ou ORL», précise le radiologue.

Une troisième voie de recherche prometteuse selon lui est l’Hadronthérapie, destinée à détruire les cellules cancéreuses radio-résistantes en les irradiant avec un faisceau de particules dont les propriétés biologiques sont supérieures aux rayonnements actuellement utilisés. «Les appareils nécessaires pour le faire coûtent encore très cher, mais d’ici 5 ans, les prix auront certainement baissé. A l’heure actuelle, il n’y en a qu’un en France, mais dans l’idéal, on en trouvera bientôt un par grande région française», estime Christian Carrie.

  • Une multitude d’autres pistes

Pour Fabien Calvo, directeur de l’institut cancer de l’Inserm, les recherches et innovations en chirurgie seront de plus en plus accessibles. «Des progrès considérables sont en train d’être réalisés grâce notamment à l’amélioration de l’imagerie médicale. Les opérations chirurgicales passeront à l’avenir de plus en plus par des voies naturelles, percutanée, transgastrique ou rectale par exemple, et la programmation pré opératoire par les moyens de l’imagerie informatisée devraient être la règle».

«On observe également le développement de technologies qui visent à détruire les tumeurs depuis l’extérieur du corps, comme par exemple des rayonnements à ultra-haute fréquence (ultra-sons), qui pourraient, en devenant de plus en plus accessibles et performants, révolutionner les traitements des cancers du foie et de la prostate notamment», explique Fabien Calvo.

La chimiothérapie n’est pas en reste, grâce aux recherches sur une meilleure vectorisation des médicaments – notamment grâce à l’utilisation de nanoparticules, permettant un ciblage plus précis et de fait, une diminution de la toxicité. «On a déjà commencé à utiliser les nanoparticules comme vecteurs, mais cela concerne encore peu de médicaments. D’autres arriveront d’ici quelques années», assure-t-il. Par ailleurs, de plus en plus de chimiothérapies seront administrées par voie orale.

Innovation plus futuriste, Fabien Calvo croit en l’essor des «lab on a chip» (ou laboratoire sur puce). Bientôt, «les patients auront des sortes de mini-laboratoires embarqués sur des puces nano-particulaires, qui permettront de réaliser des analyses et de connaitre la signature d’une tumeur ou sa réponse au traitement beaucoup plus rapidement». La miniaturisation et l’accélération de nombreux tests biochimiques sont cruciaux dans la prévention, le diagnostic et le traitement du cancer.

Selon Patrick Mehlen, chercheur en cancérologie au centre de Lutte contre le Cancer Léon Berard de Lyon «Il y a tellement de choses en cours d’évaluation qu’il est difficile de prédire quel médicament ou quelle thérapie sera la plus efficace dans 5 ans. Mais il est certain que la panoplie de possibilités s’est considérablement développée et va encore s’élargir ».

Celia HERON