Le Pr Olivier Feron récompensé

 

Cérémonie de remise du Prix Tytgat le 23 septembre dernier. Au centre, le Pr Olivier Feron.

Olivier Feron, chercheur à L’Institut de recherche expérimentale et clinique (IREC) de l’UCL reçoit le Prix Alexandre et Gaston Tytgat 2017 de 25.000€ pour ses recherches sur le cancer. Il s’est intéressé au métabolisme des cellules cancéreuses et à l’énergie puisée par ces dernières pour se développer.

Pour croître une tumeur a besoin d’énergie et d’éléments nutritifs. Ces besoins sont par définition communs à tous les cancers. Partant de ce constat, les travaux de l’équipe du Pr Feron visent à comprendre le métabolisme des tumeurs, c’est-à-dire la façon dont elles s’approprient et utilisent les ressources disponibles pour croître. « Nous avons fait le choix délibéré d’aborder cette question en considérant qu’une tumeur doit en permanence s’accommoder de l’environnement tissulaire dans lequel elle se développe pour tenter de répondre à son besoin irrépressible de prolifération » explique Olivier Feron. « En particulier, l’organisation chaotique des vaisseaux sanguins dans une tumeur complique l’accès et donc la disponibilité en nutriments et en oxygène, et perturbe l’élimination des déchets métaboliques ».  Parmi ces derniers, deux éléments ont retenu l’attention des scientifiques.

Cibler les sources d’énergie alternative

Le premier est le lactate que les cellules cancéreuses en déficit d’oxygène relarguent en grande quantité. « Nos recherches avaient démontré il y a déjà presque dix ans que le lactate que l’on pensait être un déchet inerte pouvait en fonction des besoins être re-capturé par d’autres cellules tumorales pour en extraire le reliquat d’énergie encore présent » précise Olivier Feron. La poursuite de ces travaux a aujourd’hui conduit à l’identification de plusieurs régulateurs de ces échanges de lactate et au développement de candidats médicaments capables d’en bloquer l’activité dans des modèles de souris porteuses de tumeurs d’origine humaine. Ces travaux ont également permis d’identifier des biomarqueurs de cette adaptation métabolique qui permettent au moment du diagnostic d’un cancer de déterminer si celui-ci est agressif ou pas, et ainsi d’optimiser les traitements à délivrer aux patients.

Exploiter les modifications de l’environnement

Le second déchet métabolique qui a suscité l’intérêt des chercheurs est représenté par l’accumulation de protons qui favorisent l’acidification de l’environnement immédiat de la tumeur (qui peut être jusqu’à 10 fois plus acide qu’un tissu sain). « Nos travaux ont permis de démontrer que cette acidité n’était pas qu’un effet collatéral de la croissance d’une tumeur mais qu’elle finissait par influencer à son tour le métabolisme des tumeurs »,explique Olivier Feron. Les chercheurs ont montré que pour limiter l’acidification des régions les plus productrices de protons, les cellules tumorales modifiaient leur métabolisme de façon à ne plus consommer du glucose (qui lorsqu’il est métabolisé, génère énormément de protons) mais de préférer les lipides (en l’occurrence les acides gras) et un résidu aminé, la glutamine. « Grâce à nos recherches, nous avons identifié les interrupteurs qui assurent cette modification drastique des préférences nutritives des tumeurs », ajoute le scientifique. Avec son équipe, il a également pu démontrer que la réponse à des médicaments interférant avec le métabolisme était complètement bouleversée, expliquant pourquoi certains traitements ciblant l’utilisation du glucose n’avait aucun effet mais que d’autres ciblant l’utilisation des lipides se révélaient extrêmement efficaces. « Nos travaux ont également conduit à la découverte majeure qu’une même cellule cancéreuse peut simultanément dégrader des lipides pour en extraire l’énergie mais aussi en synthétiser de façon à générer des membranes lipidiques nécessaires à la multiplication cellulaire. L’identification de cette avidité tumorale vis-à-vis des lipides représente un talon d’Achille que notre laboratoire et d’autres groupes ont aujourd’hui entrepris d’exploiter pour développer de nouveaux traitements » conclut Olivier Feron.

La Fondation Alexandre et Gaston TYTGAT octroie tous les trois ans un Prix destiné à encourager des travaux de recherche sur le cancer effectués en Belgique.