Cancers : qu’est-ce que la biopsie liquide ?

La microfluidique est la science de la manipulation des fluides à l’échelle micrométrique (de l’ordre du millième de millimètre). Elle permet de fabriquer des puces qui sont de véritables laboratoires miniaturisés d’à peine 1 ou 2 cm, permettant des analyses plus rapides et moins chères avec un minimum de réactifs. Dans le domaine de la santé, ses promesses semblent donc infinies. L’une de ses applications est notamment en train de révolutionner le diagnostic et le traitement de certains cancers. Son nom : la biopsie liquide. De quoi s’agit-il ?

D’après Valérie Taly, directrice de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), cette pratique non invasive “consiste à analyser dans les effluents biologiques des patients des éléments provenant de la tumeur”, explique-t-elle à Fréquence Médicale. Cela permet une analyse dynamique en temps réel de l’évolution de la tumeur des patients et d’aboutir à un diagnostic très précis sur la présence ou non d’un cancer et l’état de son avancée.

Une pratique plus pratique et moins risquée à mettre en place

Outre le sang, il est possible de trouver des éléments de la tumeur dans d’autres liquides comme les urines, le sperme ou la salive. Cette pratique est donc beaucoup plus rapide à mettre en place, moins inconfortable et moins risquée pour les patients que la traditionnelle biopsie de tissus.

“Historiquement, on a recherché les cellules tumorales circulantes. A l’heure actuelle, on regarde aussi d’autres types d’éléments biologiques, incluant de l’ADN qui est relargué par les cellules tumorales au cours de la mort cellulaire au sein de la tumeur”, détaille Valérie Taly.

Le cancer du poumon, du côlon et du sein

La biopsie liquide a d’abord été pratiquée dans le diagnostic du cancer du poumon non à petite cellule, du fait de sa large incidence. En effet, en France le cancer du poumon constitue la première cause de décès chez les hommes et représente 23% de tous les décès par cancer, soit 37 000 nouveaux cas par an.

Désormais, de nombreux travaux commencent à porter sur l’analyse de l’ADN tumoral circulant dans des pathologies comme le cancer du côlon (le deuxième le plus meurtrier avec 18 000 décès par an chez nous) et du sein (le plus fréquent chez la femme).

Mais ce type d’analyse, qui permet de donner des réponses individuelles et donc de proposer des traitements individualisés, devrait se généraliser d’ici 2030. “Est-ce qu’il sera accessible à tout le monde ? Je le souhaite”, espère le professeur Jérôme Bibette, physicien et chimiste, spécialiste de la microfluidique et directeur de l’Institut chimie biologie innovation (ESPCI), également interrogé par Fréquence Médicale. Car, outre un diagnostic plus précis et moins risqué pour le patient, cette nouvelle pratique promet également de nombreuses économies.

Par Raphaëlle de Tappie