+ 50% de cancers du sein d’ici 2030 et une bonne nouvelle derrière la mauvaise

déclarait que le nombre de cancers

du sein allait augmenter de 50% chez les femmes américaines d’ici à 2030. Un phénomène dû

au vieillissement de la population mais qui n’entraînera pas automatiquement un grand nombre de décès.

Atlantico : Les perspectives peu réjouissantes du National Cancer Institue américain sont-elles applicables

en France ? Qu’est-ce qui permet de les expliquer ?

Jacques Saglier : En règle générale les tendances épidémiologiques constatées aux USA précèdent de

quelques années celles de la France. L’augmentation considérable de l’incidence du cancer du sein (50% d’ici 2030)

rapportée dans cet article n’est certes qu’une projection statistique, mais elle n’en demeure pas moins vraisemblable et

préoccupante. Parmi les explications plausibles à cette tendance il faut retenir au premier plan

l’augmentation de l’espérance de vie avec l’apparition de la génération des baby-boomers dans la tranche d’âge la plus menacée.

Rappelons que l’âge constitue le facteur de risque n°1 du cancer du  sein, avec un pic entre 60 et 69 ans. La « bonne

nouvelle » c’est que parallèlement à l’augmentation de l’incidence de ce cancer, on constate une nette diminution du taux des formes les plus graves, en particulier des cancers résistants à l’hormonothérapie.

Quels sont les types de cancers du sein concernés ?

Il s’agirait principalement des cancers majoritairement observés dans le 6éme décennie, tranche

d’âge la plus concernée : cancers de bas grade, c’est-à-dire peu agressifs, sensibles à l’hormonothérapie.

Ceci étant bien sûr à prendre avec toutes les réserves d’usage concernant les projections statistiques à aussi long terme.

Comment expliquer cette progression ? Certains modes de vies y ont-ils participé ?

Les facteurs environnementaux et le mode de vie font depuis des années l’objet de travaux aux conclusions parfois

contradictoires. Mais aucun n’expliquerait à lui seul une telle augmentation d’incidence (obésité, alcoolisme, alimentation, âge lors de la première grossesse, traitement substitutif de la ménopause etc.). Cette étude est l’occasion pour ses auteurs de rouvrir la polémique concernant le caractère potentiellement dangereux de la mammographie de dépistage systématique. Elle est accusée de faire porter un certain nombre de diagnostics par excès et de faire traiter, parfois de façon lourde, (mastectomie) des patientes dont le cancer n’aurait peut-être pas mis la vie en danger. Les auteurs évoquent le problème du cancer in-situ c’est-à-dire une forme de la maladie où les cellules cancéreuses sont encore confinées à l’intérieur des canaux glandulaires, avec un risque théorique nul de dissémination.

C’est un point de vue qui méconnait l’histoire naturelle de la maladie et ne tient pas compte de l’existence des formes

graves de cancers in situ, susceptibles d’évoluer parfois assez rapidement vers d’authentiques cancers infiltrants. Il

s’agit d’une attitude éminemment contestable qui conduit à insister sur l’importance de l’approche clinique et pas

seulement statistique de ce type de problème. On ne dira jamais assez à quel point la mammographie de

dépistage a été une initiative salutaire, à l’origine de nombreuses vies sauvées.

Où en est la recherche sur les traitements des cancers du sein ?

La tendance de plus en plus marquée consiste à instaurer des traitements « à la carte » ou  « sur-mesure »

plutôt que des « prêt-à-porter ». En chirurgie qui propose majoritairement des interventions qui conservent le sein

avec son esthétique, ou, à défaut le reconstruit avec de plus en plus souvent les propres tissus de la patiente.

La radiothérapie, souvent nécessaire est de plus en plus précise, mieux dosée, mieux tolérée.

La chimiothérapie est de plus en plus souvent adaptée à chaque cas, l’une des dernières avancées consistant

à coupler une molécule de chimiothérapie avec une molécule ciblant certains récepteurs de cellules cancéreuses de

façon à ne s’attaquer qu’aux cellules malades et à elles seules, réduisant ainsi drastiquement les effets secondaires

du traitement.

Les voies de recherche sont multiples, pleines de promesses.