Vivre après un cancer du sein

Vous avez eu un cancer du sein. Il y a eu le choc de l’annonce, la peur, les traitements, la fatigue. Et puis, au bout d’un long combat, la rémission. Mais que se passe-t-il après ?

Quand on claque la porte de l’hôpital après les opérations, la chimiothérapie, la radiothérapie, un autre parcours commence. Place aux contrôles annuels et à la peur d’une mauvaise nouvelle : celle de la récidive. Selon Audrey Allain, responsable de l’équipe psychologie à l’Institut Rafaël, Maison de l’après cancer, « l’impact des traitements crée une onde de choc…

Et c’est à cet instant que l’on prend conscience de l’ampleur de la maladie ». Comment parvenir à se reconstruire psychologiquement et physiquement ?

Pour Angélique, atteinte d’un cancer du sein en 2016, un retour à la « vie normale » est impossible : « Pendant la période de soin, on est très entourée par la famille, les amis, et suivie de près par le corps médical. Mais quand les traitements sont terminés, les gens se disent “C’est bon, elle est guérie”. Tout le monde passe à autre chose, sauf nous. »

Il faut du courage et de la patience pour digérer cet épisode douloureux. Sophie, diagnostiquée en 2018, aurait aimé que ses proches la rassurent. « J’avais besoin d’entendre “Maintenant, ça va aller !” mais c’était impossible de me le garantir. C’est grâce au temps que je vais mieux et que mon stress diminue… »

Au fur et à mesure, la maladie s’éloigne, et il faut apprendre à vivre autrement. Ces femmes nous expliquent comment elles ont réussi à s’emparer de cette période.

Transformer son mode de vie après un cancer du sein

Une fois en rémission, l’heure est venue de « se reconstruire ». « C’est un moment où l’on se pose beaucoup de questions. Forcément, on modifie des paramètres de notre vie. En réalité, nous sommes déjà “modifiées”… On ne reste jamais la même après un cancer« , confie Angélique. La proximité de la mort lui a fait remettre les choses en perspective : « La question des priorités se pose très clairement. Qu’est-ce qui est vraiment important pour moi ? Au final, pas tant de choses. Avant, j’avais déjà conscience que mes problèmes quotidiens étaient dérisoires, mais aujourd’hui, je le ressens au plus profond de moi, et je fais le grand ménage dans ma vie. »

Elle pratique la méditation, parce que « le stress est l’un des éléments déclencheurs de la maladie. Si je n’ai aucun pouvoir sur la génétique, au moins je peux agir sur la gestion de mon anxiété et de mes émotions

Renouer avec son corps après un cancer du sein

Après plusieurs mois de traitements, les séquelles physiques sont lourdes. La peau est brûlée par les rayons. Les cheveux repoussent lentement. Parfois, il manque un sein. Il faut se réapproprier son corps, son reflet dans le miroir.

Angélique a subi une mastectomie : « Durant deux ans, je n’ai pas pu prétendre à la reconstruction mammaire. Il y avait encore la chimio, les rayons, et trop de risques de récidive. J’ai eu le temps de faire le deuil de mon schéma corporel, et finalement j’ai décidé de garder cette silhouette “asymétrique”. On banalise la reconstruction mammaire, mais il s’agit d’opérations lourdes, et d’une nouvelle dose de douleur à endurer. »

Certaines décident de se faire retirer le deuxième sein. D’autres se font tatouer, ou portent une prothèse. Il existe autant de façons de se reconstruire que de femmes. Gaëlle a eu du mal à supporter la perte de ses cheveux : « Dès les premières repousses, je me suis fait poser des extensions. Une renaissance ! » Progressivement, ces femmes réactivent leur corps, souvent grâce au sport.

Avant même la fin de son traitement, Gaëlle s’est remise à la course à pied : « À l’aller, je marchais, et au retour, je courais. Ensuite, je me suis inscrite dans une salle. Je m’y sentais en sécurité : en cas de problème, je n’étais pas seule.

L’entourage primordial pour se reconstruire après un cancer du sein

Quand le coup de massue tombe, il n’épargne personne. Le monde qui gravite autour de ces femmes en ressent aussi les déflagrations. Audrey Allain compare les proches à des “combattants silencieux”. « Ils estiment souvent que leur souffrance n’est pas légitime face à celle de la patiente, en première ligne. » Pourtant, elle conseille à l’entourage de se ménager : « Les aidants doivent s’accorder des temps de répit sans culpabiliser, et essayer d’accompagner le patient dans sa propre partition, se caler sur son rythme. »

Pour Gaëlle, la présence physique est plus appréciable que les grands discours – parfois involontairement maladroits. Elle recommande l’écoute avant tout : « En tant que malades, nous enclenchons malgré nous des mécanismes de défense. Certains jours, on rigole, le lendemain, on est désagréables. Le plus important, c’est de nous dire “Je suis là”. »

Angélique remercie ses proches de ne jamais lui avoir fait subir de pression. « Certains aimeraient effacer les traces de la maladie, et vite. Ils pressent les femmes en leur demandant : “Bon, et cette reconstruction chirurgicale, c’est pour quand ?” Moi, j’ai eu la chance d’être entourée de personnes exceptionnelles. Mon mari ne m’a jamais forcé la main, et ma mère a été soulagée que je renonce à cette opération, que l’on ne me triture plus le corps. Ils ont tous respecté ma décision. »

Pour vivre après un cancer du sein, se définir un objectif

Et après ? Il faut construire du neuf et penser à l’avenir : déménagement, nouveau boulot, défi sportif… Pour Audrey Allain, c’est une étape importante. « Ces femmes ont besoin de répondre à de nouvelles questions : “Et maintenant, qui je suis ?”, “Qu’est-ce que je fais pour moi ?”, “Comment mettre cette expérience au service de la vie ?” »

Sophie a trouvé son challenge personnel en rejoignant le collectif Dix femmes pour un 4 000. Toutes en rémission, elles ont gravi le dôme de neige des Écrins, dans les Hautes-Alpes.

« Entreprendre un nouveau projet, un peu fou, permet de penser à autre chose. C’est important d’essayer d’aller bien, de ne pas attendre que le bonheur vienne à soi. » De son côté, Gaëlle a plié bagage : elle a quitté son job de commerciale et la métropole pour ouvrir son cabinet de thérapie holistique, et devenir coach de vie en Corse.

« Grâce à des drapés, des formes géométriques, des jeux de matières, je crée des illusions d’optique pour rééquilibrer la silhouette. » Enfin, toutes en chœur, elles ont un précieux conseil à nous donner : ne négligez aucun signe, aucune anomalie, ne laissez pas de place au doute ou à la peur. Vous faire dépister peut vous sauver.

PAR MANON PIBOULEAU