Protonthérapie : des rayons plus ciblés contre le cancer

 Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est la protonthérapie ?

Jean-Michel Hannoun-Levi. Un proton est une particule du noyau des atomes chargée positivement. Les protons irradiants sont produits à partir d’atomes d’hydrogène. L’idée de les employer pour les cancers est venue du physicien américain Robert Wilson en 1946. Leur première utilisation médicale par les frères Lawrence à Berkeley (Etats-Unis) date de 1954. Il existe trois centres de protonthérapie en France : Nice, Orsay et Caen.

En quoi diffère-t-elle des autres techniques de radiothérapie ?
Les rayons les plus utilisés (photons X et gamma) sont des ondes électromagnétiques dont une partie de l’énergie libérée va au-delà de leur cible. Elle interagit alors avec les organes proches de celle-ci, ce qui peut être source de complications. C’est le cas de la radiothérapie externe traditionnelle. L’avantage des protons ? Libérer toute leur énergie sur la seule cible tumorale. La protonthérapie évite les effets délétères des autres rayonnements, avec possibilité dans certains cas de traiter de plus grands volumes ou d’augmenter la dose d’irradiation pour plus d’efficacité, sans toxicité accrue.

 

On guérit 80% des enfants atteints de tumeurs neurologiques

Quelles sont ses indications ?
1. En priorité les tumeurs de l’enfant, neurologiques surtout, qui touchent le cerveau ou la moelle épinière ou les deux (médulloblastome) et quelques autres cancers plus rares (néphroblastome, par exemple). On guérit 80 % de ces jeunes patients. Ils sont ensuite surveillés à vie car la survenue à l’âge adulte d’un cancer tardif radio-induit est possible. C’est un risque que la protonthérapie réduit. 2. Le mélanome oculaire de l’adulte (500 à 600 cas par an en France). 3. Certains cancers situés à proximité d’organes nobles (chondrosarcome et chordome de la base du crâne et du rachis, tumeur des sinus). 4. De nombreuses autres indications ne sont pas encore validées. Je citerai parmi elles la maladie de Hodgkin, le cancer du sein gauche de la femme jeune pour éviter l’irradiation du cœur ainsi que les récidives tumorales.

Exemple d’un protocole ?
Prenons le mélanome oculaire. Il débute par la pose chirurgicale de microclips (2 millimètres) dans l’œil, leur repérage en imagerie et une simulation de tir dont on définit les caractéristiques utiles. Pour parfaitement cibler la tumeur (précision de 0,1 millimètre), le sujet est immobilisé sur une chaise robotisée, un masque thermoformé sur le visage. L’œil est maintenu ouvert par des écarteurs doux, sous anesthésie locale. Le tir dure soixante secondes. Quatre séances sont réalisées sur quatre jours consécutifs. Le taux de succès est de 90 % pour les petites tumeurs situées à plus de 3 millimètres de la macula ou du nerf optique, avec très peu de récidives à dix ans. Le diagnostic précoce favorise ce cas de figure. L’énucléation est ainsi évitée, au prix d’une perte de l’acuité visuelle d’un degré variable.

Quel est l’avenir de la protonthérapie ?
L’élargissement à d’autres indications, son utilisation associée à d’autres types de radiothérapie, l’objectif étant d’améliorer encore et toujours le ratio bénéfices-risques et d’apporter aux patients un traitement de plus en plus personnalisé.

* Chef du département de radiothérapie, Centre Antoine-Lacassagne, université Côte d’Azur.