Les colorations pour les cheveux augmentent-elles le risque de cancer ? 

Les colorations permanentes sont à base de produits chimiques irritants et toxiques. Mais sont-elles liées à l’apparition de cancers ? Une étude récente a suivi plus de 100.000 femmes sur trois décennies. Quelles sont ses conclusions ?

Les colorations capillaires permanentes chimiques (oxydantes) représentent 80 % des colorations disponibles dans le commerce aux États-Unis et en Europe. Grâce au peroxyde d’hydrogène, la lanine naturelle du cheveux est détruite, puis remplacée par des colorants chimiques. D’autres composants des teintures pour cheveux, comme le o-Phénylènediamine qui sert de base à la production de pigments, sont classés comme des cancérigènes probables pour les humains (groupe 2B) d’après des tests faits sur les animaux par l’IARC.

Dans les teintures pour cheveux, leurs composés peuvent s’avérer toxiques lors de contacts prolongés avec la peau ou par inhalation. Peu d’études se sont intéressées aux risques sur la santé des personnes utilisant régulièrement, et sur une longue période, des colorations permanentes.

Une étude observationnelle prospective, menée par l’école de santé publique de l’Université de Boston, a suivi l’apparition de cancers dans une cohorte de plus de 100.000 femmes.

Plus de cancers chez les utilisatrices de teintures pour les cheveux ?

Cette étude a commencé en 1976. Environ 120.000 infirmières américaines, âgées entre 30 et 55 ans, ont accepté de répondre à des questionnaires envoyés tous les deux ou quatre ans concernant leur habitude d’utilisation des teintures capillaires jusqu’en 2012. Soit 36 ans de données au total.

À partir de ces questionnaires, les scientifiques ont établi deux catégories : les utilisatrices, qui ont utilisé au minimum une fois une coloration (qu’importe les autres paramètres comme la fréquence), et les non-utilisatrices. La couleur des cheveux a été aussi utilisée comme un critère de classement. Dans le questionnaire reçu tous les deux ans, les volontaires ont aussi renseigné l’apparition de cancer confirmée par un diagnostic médical.

Que ressort-il de cette étude ?

Les femmes utilisant des teintures capillaires n’ont pas plus de risque de déclarer un cancer tissulaire (sarcomes et carcinomes) que les non-utilisatrices. La mortalité associée aux cancers n’augmentent pas non plus chez les utilisatrices.

En revanche, le risque d’apparition d’un carcinome basocellulaire est légèrement plus important chez les femmes utilisant des teintures permanentes et chez celles possédant les cheveux clairs. De plus, l’utilisation répétée de ces produits est liée à la survenue plus fréquente du cancer du sein (récepteur-positif d’œstrogène et récepteur-positif de progestérone) ainsi que du cancer des ovaires.

Cette étude, observationnelle prospective pour rappel, ne fait état que d’une association positive entre l’apparition de certaines cancers chez des femmes américaines et leur utilisation de coloration capillaire. Elle ne décrit pas un lien de causalité entre ces deux variables. Pour bien des raisons, cette étude ne peut pas être généralisée à la population entière : 96 % des participantes étaient caucasiennes et toutes étaient infirmières aux États-Unis, majoritairement brunes. De plus, il y a certains biais. Par exemple, la localisation des cancers n’a pas été considérée ou encore l’absence de données sur les antécédents familiaux ou les facteurs environnementaux pouvant conduire à l’apparition des cancers.

En se basant juste sur cette étude, il n’est pas possible de conclure que les colorations permanentes pour cheveux soient la cause de l’apparition de certains cancers chez les femmes.