Cancer : même après 5 ans, pas de rémission de peine aux yeux des assureurs!

Alors que la France vote une loi progressiste, instaurant ainsi un « vrai droit à l’oubli » pour les anciens patients atteints de cancer, leur facilitant ainsi l’accès aux assurances et aux prêts bancaires, la double peine subsiste en Belgique. Le cancer en passe d’être considéré comme une maladie chronique, il est urgent de permettre aux survivants de développer leurs projets de vies. Cela ne mérite-t-il pas d’effacer l’ardoise « santé » après un délai raisonnable?

Comme beaucoup de jeune ménage dans la petite trentaine, mon mari et moi, avons investi dans l’achat de notre premier bien immobilier en 2014. Après un cancer en 2011, et deuxième enfant prévu pour la même année, nous étions heureux de bâtir un foyer où grandirait notre petite famille. Mais si nous avons obtenu notre prêt, l’assurance a refusé tout bonnement et simplement de me couvrir pour le solde restant dû en cas de décès. La raison invoquée par le médecin-conseil: Nous avons constaté que vous avez été traitée pour une tumeur des glandes salivaires. Voilà qui est dit: pas de proposition de prime augmentée ni d’information sur une période minimum avant reconsidération du dossier. Ma faute: mon cancer.

Si à ce sujet, jusque-là, nous étions mieux lotis qu’en France (où le prêt pouvait carrément être refusé), cette dernière a au moins eu le mérite de prendre action. Avec la nouvelle loi, les patients mineurs au moment du diagnostic, ne devront plus le déclarer aux assureurs et aux banquiers à partir de 5 ans après la fin de leurs traitements, ce délai passe à 10 ans si vous avez été diagnostiquées adultes.

Une avancée qu’il faut relativiser. Si on découvre votre cancer à 20 ans, que vos traitements se finissent à 23 ans, il vous faudra patienter jusqu’à 33 ans pour pouvoir devenir propriétaire. Autre bémol de la loi de la ministre Marisol Touraine, les cancers de bons pronostics ne bénéficient pas d’une minoration  à 5 années.

En Belgique, comme le démontre la réponse de mon assureur, la décision est laissée l’appréciation souveraine de la société d’assurance. Bientôt officiellement en rémission, j’ai fait une nouvelle demande, et la réponse est toujours la même: le médecin-conseil devra approuver votre dossier.

Quelle alternative pour se protéger soi et les siens ?

AXA Belgium est le seul acteur belge à prendre les devants en proposant une assurance-cancer à souscrire par prévention. L’innovation: le versement d’un capital en cas de diagnostic de cancer (en sus d’un capital pour les héritiers en cas de décès). Une petite révolution! En effet, le nombre de difficultés rencontrées après-cancer, lors de la réinsertion professionnelle par exemple, n’est pas pris en compte. Ce type d’assurance pourrait vous permettre de prendre le temps de vous réorienter.

Déplorons tout de même le fait que si vous avez eu un cancer dans le passé, et ce peu importe si vous êtes en rémission officiellement, les candidats assurés ayant été atteint d’un cancer ne sont plus assurable via cette assurance, vous répondra-t-on.

Cesare Beccaria, père du régime pénal de l’Etat de droit, prônait un « humanisme pénal ». La foi en l’humain qui distingue l’acte de l’être, permet des rémissions de peine. Le médecin, à l’égal du juriste, ne condamne pas le patient atteint de cancer, et parle également de rémission après 5 ans.Pour les assureurs, point de rédemption, sinon la peine capitale!